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Ploutocratie, Elections et Marketing

En 1981, déjà, l'homme de la "Force Tranquille" avait fait dire à de nombreux commentateurs que la Politique dérivait alors vers le Marketing. Qu'un candidat à la Présidence n'était pas grand chose de plus qu'une marque de lessive, puisque l'élection se faisait sur un slogan (la "Force Tranquille") et une image bourrée de symboles (l'affiche de Mitterrand montrant un clocher dans un paysage campagnard) et non plus sur un programme ou des valeurs.

Aujourd'hui ? C'est pire qu'il y a 26 ans parce que les techniques ont largement évolué !

Depuis que la démocratie existe, les élections s'apparentent à la pêche à l'appat.
Le candidat attire le maximum d'électeurs en leur laissant espérer qu'il réalisera leurs voeux et leurs désirs. Puis il lance ses filets de tous les cotés. Il doit ratisser le plus large possible.

Avant de disposer des outils adéquats, l'empirisme et l'intuition dominèrent longtemps. Les sondages d'opinion et autres études de marché apportent maintenant bien plus de rigueur et de renseignements utiles aux "communicants" qui élaborent les stratégies d'influence pour l'un ou l'autre candidat.

Tout est fondé sur le postulat que les comportements des consommateurs et les comportements des citoyens sont justiciables d'analyses voisines.

Dans les deux cas, il s'agit de "vendre" un produit en persuadant les diverses "cibles" (électeurs ou consommateurs) de ses qualités.
De manière plus fine, les vendeurs modifient l'apparence du produit (voix plus "posée" et moins "nerveuse" pour Sarkozy), son image (opération orthodontaire pour Ségolène pour lui donner un sourire moins "carnassier"), son emballage (vêtements blancs pour Ségolène), et les discours du candidat pour l'adapter au plus près aux divers segments du marché. Le tout s'accompagnant d'un matraquage massif de l'opinion.
Le duel qui a opposé Sarko à Ségo est en fait un duel du même type que celui qui oppose Omo et Persil, Renault et Peugeot.

Dans cette campagne présidentielle, Sarkozy a utilisé les mêmes recettes (qui ont fait leurs preuves) que Mitterand en 1981, Jacques Séguéla. Il n'y a qu'à comparer les deux affiches principales de leurs campagnes respectives.

On y retrouve les mêmes thèmes et recettes :

  1. Le Calme : il n'y a aucun mouvement dans les deux images, le candidat et le paysage sont statiques, rien ne bouge. Celle de Mitterand voulait symboliser un ancrage dans la France profonde, celle de Sarkozy veut atténuer sa réputation de nervosité, d'hyper-activité.
  2. La "France Éternelle", le Temps : chaque candidat est "planté" dans le décor. Comme s'il voulait donner l'impression d'y être depuis longtemps et pour longtemps. Chacun veut montrer qu'il s'appuie sur la France "profonde", campagnarde et traditionnelle alors que les deux étaient des candidats essentiellement urbains, très éloignés des valeurs traditionnelles françaises.
  3. Et plus encore... Il y aurait bien d'autres choses à dire sur ces affiches, choix des couleurs, des vêtements, élévation plus ou moins prononcée du personnage, etc... Mais nous ne voulons pas être trop long.

Le résultat final dépend plus des qualités de la campagne publicitaire que des vertus intrinsèques du produit, du candidat, de son programme. Dans tout ce ramdam, la posture et les slogans sont plus importants que les questions techniques d'ailleurs soigneusement esquivées.

Les électeurs sont persuadés que ce sont eux qui déterminent en toute autonomie leurs choix politiques ; ils sont persuadés que Sarkozy a été élu par eux.
En fait, il avait été choisi, bien avant leur vote, par ceux qui fournissent discrètement les milliards nécessaires à la réalisation des études, sondages propagandes et campagnes publicitaires destinés à fabriquer les opinions dominantes.

Imaginons un candidat doté du meilleur programme possible et de la personnalité la plus attachante ; quelles sont ses chances de réussite si aucune télévision, si aucun journal ne le soutient pendant les années qui précèdent la campagne officielle ?

La mise sur orbite des candidats préchoisis se fait pendant des mois et des mois, bien avant le début de la campagne officielle.
C'est Ploutos* qui décide !
Et qui récompense son poulain ! Voir les vacances du président à 22.000 euros la semaine aux USA ou les quelques jours de repos après l'élection, sur un yacht du même bois !


Ploutos : Dieu mythologique grec de la Richesse (voir wikipédia, Ploutous).
Par extension,ploutocratie : pouvoir détenu par les plus riches (voir définition)

Merci à Lectures Françaises (n°603-604, juillet-août 2007) et à Michel Sarlon-Malassert, auteur de l'article dont s'inspire cette page.


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